Le jury de l'Écrit 1 du CAPEPS lit des dizaines de copies. Quarante, cinquante, parfois plus, selon les sessions. Ce n'est pas un reproche, c'est une réalité qu'il faut intégrer dans ta préparation. Parce que cette réalité a une conséquence directe : le jury se fait une première impression en lisant ton introduction, et cette impression influence la façon dont il va lire tout le reste de ta copie.

Ça peut sembler injuste. Ça peut donner l'impression que tout se joue en deux pages avant même d'avoir développé quoi que ce soit. Mais ce n'est pas vraiment de l'ordre du jugement subjectif. Ce que l'introduction révèle au jury, c'est quelque chose de très concret : est-ce que tu as compris le sujet ou non. Et cette information, elle est lisible dès les premières lignes.

Ce que l'introduction révèle vraiment

Une introduction réussie à l'Écrit 1, ce n'est pas une introduction élégante. Ce n'est pas une introduction érudite, avec beaucoup de noms et de dates. C'est une introduction qui installe une tension, c'est-à-dire une problématique, et qui montre que tu as un regard sur le sujet, pas seulement des connaissances sur le thème.

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La nuance est importante. On peut avoir beaucoup de connaissances sur un thème et rater complètement le sujet. On peut avoir lu tous les textes officiels, connaître tous les auteurs, maîtriser les grandes périodes de l'histoire de l'EPS… et écrire une introduction qui montre que tu récites ton cours plutôt que tu réfléchis à la question posée. Le jury fait la différence. Et il la fait très vite.

Structure d'une introduction réussie
Accroche Contextualisation et définition des termes Problématique (la tension) Annonce de plan
L'introduction se rédige après le plan, pas avant. C'est seulement quand tu sais ce que tu vas démontrer que tu peux formuler la tension que le développement va dénouer.
Une bonne introduction ne dit pas ce que tu sais. Elle dit ce que tu as compris de ce qu'on te demande.

Le recruteur et les premières secondes d'entretien

C'est comme les premières secondes d'un entretien d'embauche. Le recruteur a déjà une impression en quelques instants : la poignée de main, la façon de s'asseoir, les premiers mots. Cette impression n'est pas définitive, mais elle est là, et elle oriente tout ce qui suit. Si elle est positive, le recruteur va chercher à confirmer. Si elle est négative, il va passer le reste de l'entretien à surveiller, à tester, à chercher des preuves supplémentaires de ce qu'il a déjà perçu. Ce n'est pas conscient. C'est humain.

Avec une copie de concours, c'est exactement le même mécanisme. Une introduction qui révèle que tu as compris la tension du sujet, que tu sais ce qu'on te demande de démontrer, installe une disposition favorable chez le correcteur. Il va lire la suite avec cette confiance. Une introduction qui récite le cours sans jamais faire apparaître de problématique, ou qui accumule des définitions sans construire de tension, installe l'inverse : une vigilance, une attente que ça se rattrape. Et se rattraper après une mauvaise impression, ça coûte beaucoup plus d'énergie que de partir sur une bonne base.

Les 3 erreurs d'introduction les plus fréquentes

Il y a trois erreurs qui reviennent systématiquement dans les copies signalées par les rapports de jury. Trois patterns reconnaissables, trois façons différentes de rater l'introduction pour des raisons différentes.

L'introduction-encyclopédie

Le candidat commence par réciter tout ce qu'il sait sur le thème du sujet. L'histoire de l'EPS depuis les origines, les grands paradigmes, les différents courants, les textes fondateurs. C'est souvent riche en contenu. Ça démontre une vraie culture du domaine. Et ça ne répond pas à la question posée. L'erreur ici, c'est de confondre "montrer que je sais" avec "montrer que j'ai compris ce qu'on me demande". Le jury ne doute pas de ta culture. Il veut voir si tu peux l'articuler autour d'une tension précise, celle du sujet. Une encyclopédie n'a pas de tension. Elle a des entrées.

L'introduction-catalogue

Le candidat définit les termes du sujet l'un après l'autre, comme s'il construisait un lexique. "L'EPS peut être définie comme…", "Le corps peut être entendu comme…", "L'institution scolaire désigne…". Les définitions sont posées, mais elles restent séparées les unes des autres. Elles ne s'articulent pas. Il n'y a pas de mouvement entre elles, pas de friction, pas de question qui émerge. Une bonne problématique naît précisément de la tension entre les termes du sujet, pas de leur juxtaposition. Définir sans mettre en tension, c'est cataloguer, pas problématiser.

L'introduction-plan

Le candidat annonce ce qu'il va dire plutôt que de montrer pourquoi c'est intéressant de le dire. "Dans une première partie, nous verrons X. Dans une seconde partie, nous aborderons Y." L'annonce de plan est là, mais elle est posée comme une conclusion au lieu d'être la conséquence d'une question. Le lecteur sait ce qui vient, mais il n'a aucune raison de vouloir le lire. Parce qu'on ne lui a pas montré ce qui est en jeu, ce qui est discutable, ce qui mérite qu'on y réfléchisse. L'introduction doit faire naître une envie de lire la suite, pas simplement en annoncer la structure.

Pourquoi l'introduction se rédige après le plan

Il y a une conviction tenace chez beaucoup de candidats : l'introduction se rédige en premier parce qu'elle est en premier dans la copie. C'est une logique de présentation, pas une logique de construction. Et elle produit des introductions creuses, parce qu'on rédige avant de savoir exactement où on va.

L'introduction efficace à l'Écrit 1 se rédige après le plan. Pas pendant, pas avant. Après. Parce que c'est seulement quand tu sais ce que tu vas démontrer, et comment tu vas le démontrer, que tu peux formuler correctement la tension que le développement va dénouer. Ta problématique doit appeler ton plan. Si tu écris l'introduction avant de construire le plan, tu poses une question sans savoir encore si tu es capable d'y répondre. Tu risques de formuler une tension que ton développement ne traitera pas, ou de promettre un angle que tu abandonneras ensuite.

La séquence logique est celle-là : lecture et décorticage du sujet, construction de la problématique, élaboration du plan, puis rédaction de l'introduction (et du développement). C'est l'ordre de construction, pas l'ordre de présentation. Et comprendre cette différence change tout à la façon de préparer l'introduction.

❌ Introduction bâclée Récitation du cours sur le thème Définitions juxtaposées sans tension Question rhétorique posée au lecteur Annonce de plan sans raison de lire
✅ Introduction soignée Accroche qui entre dans le vif du sujet Termes définis et mis en tension Problématique : tension formulée clairement Annonce de plan qui découle de la tension

La question à se poser avant de rédiger l'introduction

Avant d'écrire la première ligne, pose-toi cette question : "Si je retire mon introduction et que je lis directement le développement, est-ce que la tension du sujet est perdue ?" Si la réponse est oui, ton introduction fait vraiment quelque chose. Si la réponse est non, elle était peut-être décorative.

Ce que ça change dans la préparation

S'entraîner à l'introduction, ça ne veut pas dire mémoriser un modèle. Il existe des structures utiles (accroche, définition des termes, tension, problématique, annonce de plan), mais la structure ne fait pas l'introduction. Ce qui fait l'introduction, c'est la qualité de la tension formulée dans la problématique. Et ça, ça ne s'apprend pas en mémorisant un cadre : ça s'entraîne en travaillant des problématiques sur des sujets variés.

L'exercice le plus utile que tu puisses faire est simple : prendre d'anciens sujets du CAPEPS et rédiger uniquement la problématique, sans le reste de l'introduction. Juste la tension. Une ou deux phrases qui formulent ce qui est en jeu, ce qui est discutable, ce qui mérite une dissertation de cinq heures. Cet exercice-là, fait régulièrement sur des sujets différents, développe une capacité que la relecture de cours ne peut pas développer : lire un sujet et immédiatement voir où se situe la tension.

Et une fois que tu vois la tension, l'introduction suit naturellement. Parce qu'elle ne fait qu'installer cette tension pour le lecteur, l'amener jusqu'à la question qui va structurer tout le développement.

Ce que doit contenir une introduction à l'Écrit 1
Une accroche qui entre dans le sujet sans encyclopédisme : un fait, une tension observée, une question concrète liée au thème
Une définition des termes du sujet qui les met en friction les uns avec les autres, pas une juxtaposition de lexique
Une problématique qui formule la tension réelle du sujet : deux lectures légitimes qui s'opposent
Une annonce de plan qui découle de la problématique : le lecteur voit comment la tension va être dénouée

Ce que tu dois vraiment retenir

L'introduction ne se corrige pas en la relisant. Elle se corrige en changeant la façon de la penser. Si tu arrives à l'examen avec l'idée qu'une introduction sert à "poser le contexte" ou à "définir les termes", tu vas probablement écrire une introduction-catalogue ou une introduction-encyclopédie. Si tu arrives avec l'idée qu'une introduction sert à installer une tension qui appelle une démonstration, tu vas écrire quelque chose qui donne au jury une raison de lire la suite avec intérêt.

Cette différence de cadre mental, elle se construit avant l'examen. Elle se construit en s'entraînant à problématiser, pas à rédiger des introductions modèles. Et c'est elle, plus que tout autre chose, qui distingue les introductions qui ouvrent une copie de celles qui la ferment avant même d'avoir commencé.